• Nous sommes nombreux, ne l'oublions pas

    Il m'arrive parfois, souvent même, de penser au nombre d'humains qu'il y a sur Terre. Cela ne vous arrive-t-il pas de vous sentir un peu dépassé, quand dans la rue, le bus ou le métro, vous croisez tant et tant de gens ? Tant de gens anonymes et tellement proches de nous physiquement ; mais tant de gens, néanmoins, que nous ne connaîtrons jamais. Je les regarde souvent, ces gens qui m'entourent. Je détaille leur visage, leur expression, leur habillement c'est tout ce qui transparaît de leur être. J'essaye de m'imaginer leur caractère, leur voix parfois. A quoi pensent-ils derrière leurs yeux dans le vague ? Où vont-ils et que vont-ils faire ? Qui aiment-ils, quelles sont les passions qui les font se lever le matin ?

    J'aimerais tous les connaître et tous les aimer.

    Mais ils partent, ils continuent leur mouvement, souvent sans m'avoir remarquée, ni moi ni les centaines d'autres autour. Ils poursuivent leur chemin de vie, tout comme je poursuis le mien. Ils ont une vie aussi remplie que la mienne, d'activités, de personnes et de sentiments. Et pourtant je ne peux les appréhender que comme des anonymes fugaces.

    C'est une pensée vertigineuse que de considérer le nombre d'êtres humains sur Terre. Si l'on imaginait que chaque personne est une page d'un livre, alors pour connaître toutes les personnes vivant à Vienne il faudrait lire un livre de quatre cent mille pages. Quatre cent mille pages ! Est-ce seulement possible en une seule vie, sachant que je pâlis devant des pavés quatre cents fois plus petits ? Et, évidemment, il faut beaucoup plus de temps pour connaître la vie d'une personne qu'il n'en faut à une page pour être lue. Et Vienne n'est pas une si grande ville que ça, juste une goutte d'eau dans l'océan de six milliards et demi d'habitants.

    De plus, est-on seulement capable, émotionnellement, d'accepter l'existence de tant de vies parallèles à la nôtre, d'une valeur égale à la nôtre, et pourtant sans aucun lien avec elle ?

    J'aimerais pouvoir toucher à toutes les réalités de mes frères et de mes sœurs, de mes voisins et de mes voisines, en un mot de tous mes colocaterres.


    Peinture par Jocelyne Chambellan


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :