• Premiers instincts

        Entrée par je ne sais où. Tout un univers clos, dont les parois se resserrent, peu à peu. Elles semblent palpiter, se diriger lentement vers moi qui attends leur étreinte, le cœur battant, les yeux hermétiquement fermés. Noir total, nulle sortie. Nulle interstice, juste des formes molles et changeantes. Un tout fait de moi-même et de ces murs infranchissables. Je peine à bouger, tandis qu'autour le monde se meut constamment. Inconfortable.
        Aucun repos ; je suis soulevée régulièrement, ballottée parfois, enfermée toujours. Incapable du moindre acte individuel, si ce n'est attendre, écouter passivement et remuer mes extrémités pour éviter qu'elles ne s'ankylosent. Attendre, longtemps.

        Le temps, marqué par cet entêtant rythme binaire qui résonne jusque dans ma poitrine. Le temps, ponctué de gargouillis dont je préfère ignorer l'origine, de sons étouffés qui me semblent appartenir à une dimension supérieure. Une seule idée au final : attendre, encore et toujours, dans cette prison dont j'ai même oublié l'existence.

        Mais voilà que les conditions se durcissent. J'éprouve toutes les peines du monde à rester éveillée ; mon corps s'endort, puis s'endolorit. Mes paupières, incessamment scellées, sont d'une lourdeur effroyable ; chacun de mes gestes me coûte, heurtant douloureusement la paroi distendue. Mes muscles protestent, mon cerveau crie famine. Le liquide m'entourant, dont bizarrement je n'avais pas conscience jusqu'à présent, se fait oppressant.
        Plus rien ne me parvient du lien qui m'enchaîne ici, bon gré mal gré. L'évidence s'impose : j'ai faim. La moindre parcelle de mon corps, la moindre cellule encore en vie réclame sa part de glucose et d'oxygène. J'entre périodiquement dans un état de transe, sujette à la fatigue puis au délire. Dans un de ces sursauts d'énergie, je comprends enfin. Non pas grâce à une hypothétique réflexion - je n'en suis plus capable. Mais grâce à cet instinct de survie martelant mon esprit accablé, cet instinct qui me pousse à trouver une issue.
        Bras qui se soulèvent en un dernier effort. Face à l'horreur du futur proche où la faim aura raison de moi.

        Je ne veux pas mourir. Je joue des pieds et des mains. Que j'aimerais détruire ces murs, assoiffée de vengeance envers le monde qui m'affame et m'asphyxie sournoisement. Violence. Les mouvements s'accélèrent sans que je ne puisse rien y changer. J'en profite pour ajouter mes maigres forces à l'ensemble, dans l'espoir illusoire d'écarter un peu ces limites fibreuses, trop proches, qui m'embrassent de leur mortelle épaisseur. Je ne veux pas mourir ! Faut-il se rendre à l'évidence ? Je suis perdue, je m'en rends compte ; ce monde m'aura finalement tuée. À quoi bon se révolter ?

        Ma tête trouve une anfractuosité. Puis un froid étrange, inconnu. Est-ce cela, la mort ? À moitié évanouie, tordue par la faim, je ne saisis même plus le cours des évènements. Convulsions, rejet. Je ne veux pas mourir... Soudain une vive douleur m'assaille ; mes yeux, mon nez, ma peau brûlent. C'est hurlante et violacée qu'enfin je découvre la paix. La sortie.











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