• Loin vers l'infini s'étendent
    Les grands prés marécageux.
    Pas un seul oiseau ne chante
    Sur les arbres secs et creux.

    Ô terre de détresse
    Où nous devons sans cesse
    Piocher, piocher.

    Dans ce camp morne et sauvage
    Entouré de murs de fer,
    Il nous semble vivre en cage
    Au milieu d'un grand désert.

    Ô terre de détresse
    Où nous devons sans cesse
    Piocher, piocher.

    Bruit de chaînes, bruit des armes
    Sentinelles jour et nuit.
    Et du sang, des cris, des larmes
    La mort pour celui qui fuit.

    Ô terre de détresse
    Où nous devons sans cesse
    Piocher, piocher.

    Mais un jour dans notre vie,
    Le printemps refleurira.
    Libre enfin, ô ma patrie,
    Je dirai : tu es à moi.

    Ô terre d'allégresse
    Où nous pourrons sans cesse
    Aimer, aimer.


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  • Lentement le temps passe
    les joues rient
    les yeux pleurent.
    Et il se tient droit
    toujours face au mur
    il sait que cela est toute sa vie et que cela n’'est rien.
    Il sait tant de choses qu'’il n'’en retient plus.
    Filent entre ses doigts, les pensées,
    filent les aiguilles de son tricot.
    Les aiguilles ont viré depuis le temps
    viré au rouge de la rouille.
    Or il a continué
    très loin
    à courir
    et très longtemps à oublier.
    Alors il ne sait plus
    il ne sait même plus si ce qu'’il dit est faux.
    Ce qu'’il pense est vrai il en est sûr,
    la certitude n’'a ni valeur ni ressource.
    En lui le riche miroite sa faim
    et il rejette il condamne il scelle sa fin.
    Pourquoi,
    il se pose la question mais ne réagit pas
    les réactions sont la démesure
    les géants sont écrasés.
    Il était grand
    fort
    à présent plat
    nébuleux,
    avait viande et blé pour broyer son chagrin.
    Jamais plus profond que l’'eau qui coule sur les ruisseaux
    de la boue dans les champs,
    jamais plus loin que ce nuage là-bas qui clignote
    qui l'’appelle et qui lui dit
    viens, sois, viens….
    Il fut jeune
    le temps ne passait plus
    ses dents éclataient.
    Brisé dos à l’'herbe
    brisé sur le seuil de cette vie qu'’il abhorrait
    comment,
    comment pourra-t-il supporter.
    Impossible
    mais seuls les mots le chuchotent à sa bouche sèche et avide.
    Incroyable
    mais réalité si éloignée
    l'’existence sans vérité
    elle n'’a pas besoin,
    expérience longue éreintante
    longue reposante
    amène l'’inutilité.
    Il a crié et ses cris répercutent la joie
    non pas de vivre
    mais d'’être
    en simple et dure et cruelle forme.
    Il avait mal mais moins mal qu'’au début si doux
    où il s’'était morfondu.
    A un moment il était né et cela
    était pire que sa mort.

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  • La lumière vacille, clignote, faiblit
    Dans votre propre monde, le temps ralentit
    L'air est si serein ; les aiguilles si légères
    Virevoltent sous le verre,
    Subtilisent ce qu'il reste de votre bourse,
    Egrainent vos faiblesses au doux son de leur course.
    Que ne puissiez-vous poursuivre ces trois follettes
    Véhicule obsolète.

    Mémoire encadrée dans leurs restreints intervalles
    Votre mémoire entame un dernier tour spectral.
    Le bien bel engrenage finit par gripper,
    Cessez de le contempler.
    Immuable ballet à l'imparable fin
    La lumière vacille, clignote, s'éteint.
    Oubliées dans l'ombre, les tiges immobiles
    Font silence malhabile.

    Etiez-vous une trotteuse déjà réglée,
    Dans cette horloge arrêtée ?
    Avez-vous seulement, depuis le temps, songé
    A ce qui vous attendait ?





















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  • Si j'étais seulement
    Autre chose qu'humaine
    Si j'étais un instant
    De mon âme la reine

    Si j'allais dans le vent
    Illusion souveraine
    Voyant du firmament
    Notre monde et ses peines

    Les trouverais-je plus acceptables ?
    Et nos réactions, moins pitoyables ?
     
    Si j'étais quelque temps
    Gardienne d un pouvoir
    Si j'avais tout ce temps
    Le droit et le devoir

    De pousser les arbres, de fleurir les fleurs
    De briller les ruisseaux, de tourner la Terre
    De chanter les oiseaux, de terminer la guerre
    De retenir les bombes, de taire la rancœur

    Aurais-je le bon sens de le faire ?
    En profiterais-je pour me taire ?

    Si j'étais le soleil
    Je me cacherais de nuages
    Jusqu'à ce que les humains
    Ne voient en moi plus qu'un mirage
    Reflet de ce que j'ai été

    Si j'étais une mer
    J'écarterais tous les rivages
    Pour recouvrir les insolents
    Qui se débauchent sur mes plages
    Ardent souhait de tranquillité

    Dur égoïsme qui gâchera
    Cette chance
    Dur égoïsme qui nous perdra

    Et si j'étais vivante
    Je pourrais m'assoupir
    Oublier la défaite
    Pardonner la bêtise
    De nous autres les hommes
    Coupables.

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  •     Sombre déclic d'un stylo dont la mine s'ouvre, puis se ferme, lentement, entrant et sortant en un mouvement disgrâcieux.
          Feuille fine et jaunâtre, parfum d'un souvenir insaisissable embuant les lignes divagantes. Torpeur insidieuse alourdissant les membres, ralentissant la respiration, engourdissant l'esprit éreinté comme par une longue course le long du couloir des possibles. Et, étrangement, affaiblissement dérangeant des paupières, devenues fragiles, douces ailes de papillon conduisant les yeux à un eden de repos ardemment désiré.
        Tout à coup, fulgurante douleur emplissant la nuque durement penchée sur les pages maculées d'encre, inconfort grandissant alors que les doigts crispés peinent à suivre le rythme mené par l'inspiration impromptue de l'écrivain d'un soir. Regard usé rechignant à déchiffrer les infâmes gribouillis qui, à peine jetés sur le papier, en deviennent ridicules et vides de sens. Où est passée la belle œuvre tant espérée ?
        Cheveux bien placés derrière les oreilles, brume dorée retenue par quelque ingénieux dispositif, la plume court sur le papier. Virevolte, tourne, dérape et repart de plus belle, prise d'un élan frénétique lui enjoignant avec ferveur de tracer ces arabesques, encore et encore, sans se soucier de la nuit négligeable ou du sommeil déraisonnable.
        Hélas, un bruit, une voix ; charme brisé, doigts immobilisés, yeux lentement refermés. Conscience échappée...
        Éphémère instant de plénitude, curieux moment de béatitude, devant les mots ainsi créés.

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